Introduction
La philosophie est née d’un besoin profond de comprendre le monde et la condition humaine.
Avant que les hommes ne raisonnent sur la nature, la justice ou le bonheur, ils cherchaient déjà à donner du sens à l’existence. Mais ce sens, ils le trouvaient dans les mythes : récits religieux et poétiques qui expliquaient l’univers à travers l’action des dieux.
Vers le VI siècle avant J.-C., dans la Grèce antique, un changement majeur se produit : les hommes commencent à remplacer les explications divines par des raisonnements fondés sur l’observation et la logique. C’est à ce moment que naît ce que l’on appelle la philosophie, littéralement l’amour de la sagesse (philo-sophia).
Ainsi, comprendre les origines de la philosophie, c’est retracer le passage de la pensée mythique à la pensée rationnelle, c’est-à-dire du mythe au logos.
I. Avant la philosophie : la pensée mythique
Avant la naissance de la philosophie, les civilisations cherchaient déjà à expliquer l’origine du monde et le sens de la vie.
Mais leurs explications étaient symboliques et religieuses. Les mythes servaient à rassurer les hommes face aux mystères de la nature : la foudre, la mort, les saisons, le destin…
🔹 Exemple :
Dans la Grèce ancienne, Hésiode, dans La Théogonie, raconte comment les dieux sont nés du Chaos et ont organisé le monde.
Les phénomènes naturels étaient donc expliqués par des volontés divines : Zeus lançait la foudre, Poséidon provoquait les tempêtes, Déméter faisait pousser les récoltes.
Ces récits avaient une valeur morale et religieuse, mais ils n’étaient pas démontrés.
Le mythe repose sur la croyance et la tradition, pas sur la raison.
L’homme y trouve des réponses, mais sans les questionner : il croit parce qu’on lui a dit de croire.
II. Le tournant grec : naissance du logos
Vers le VIᵉ siècle avant J.-C., dans les cités grecques comme Milet ou Éphèse, des penseurs commencent à se détacher de ces récits mythologiques.
Ils cherchent à comprendre le monde par des causes naturelles, non plus divines.
C’est la naissance du logos, c’est-à-dire de la pensée rationnelle, fondée sur la logique, l’argumentation et l’observation.
Ces premiers philosophes sont appelés les présocratiques.
Ils posent une question fondamentale :
« De quoi est fait le monde ? »
ou encore : « Quel est le principe (archè) de toutes choses ? »
🔹 Quelques penseurs majeurs :
- Thalès de Milet (vers 625-547 av. J.-C.) affirme que l’eau est à l’origine de tout, car tout vit de l’eau et y retourne.
- Anaximandre propose une idée plus abstraite : l’apeiron, une substance infinie et indéterminée, à la base de l’univers.
- Héraclite d’Éphèse pense que tout change sans cesse et que le feu symbolise ce mouvement éternel.
- Parménide, au contraire, soutient que l’être est immobile et éternel, opposant ainsi l’opinion (ce que les sens perçoivent) à la vérité (ce que la raison découvre).
👉 Ces penseurs ne croient plus que le monde est gouverné par des dieux capricieux, mais par des lois naturelles.
Ils posent ainsi les premières bases de la science et de la philosophie.
III. L’âge d’or de la philosophie grecque : la réflexion sur l’homme et la raison
Au Ve siècle avant J.-C., avec Socrate, Platon et Aristote, la philosophie devient une réflexion sur l’homme, la société et la vérité.
Socrate (469-399 av. J.-C.)
Socrate n’a rien écrit, mais il a profondément marqué la philosophie par sa méthode : le dialogue.
Il questionne ses interlocuteurs pour les amener à réfléchir par eux-mêmes.
Sa célèbre devise :
« Connais-toi toi-même »
montre que la philosophie n’est pas seulement une connaissance du monde, mais aussi une recherche intérieure.
Socrate cherche la vérité dans la raison, et non dans les traditions ou les opinions.
Platon (427-347 av. J.-C.)
Disciple de Socrate, Platon distingue deux mondes :
- le monde sensible, celui des apparences, changeant et trompeur ;
- le monde intelligible, celui des Idées, immuables et parfaites.
Selon lui, philosopher, c’est s’élever du visible à l’invisible, de l’opinion à la connaissance.
Aristote (384-322 av. J.-C.)
Élève de Platon, Aristote fonde la logique et s’intéresse à toutes les sciences (biologie, politique, éthique…).
Pour lui, la raison permet de comprendre les causes et les finalités de chaque chose.
Il affirme que l’homme est un animal politique, c’est-à-dire un être naturellement fait pour vivre en société.
IV. La philosophie : une nouvelle manière de penser
Avec la naissance de la philosophie, l’homme se met à penser par lui-même.
La philosophie n’impose pas de croyances : elle interroge, analyse, doute, et cherche la vérité par le raisonnement.
Conclusion
La philosophie est née quand l’homme a décidé de ne plus se contenter de croire, mais de chercher à comprendre.
De Thalès à Aristote, les Grecs ont fait passer la pensée humaine du mythe à la raison, ouvrant la voie à la science, à la morale et à la politique.
Aujourd’hui encore, philosopher, c’est se poser des questions fondamentales sur l’existence, la vérité, la liberté ou le bonheur, avec le même esprit critique que les premiers penseurs de la Grèce antique.