Introduction
La justice est une notion centrale dans la vie humaine : elle organise nos rapports, définit les droits et les devoirs de chacun, et prétend assurer un équilibre entre individus. Depuis l’Antiquité, on la définit souvent comme l’art de « rendre à chacun ce qui lui est dû » (définition attribuée à Ulpien, juriste romain). Mais cette idée est-elle suffisante ? Donner à chacun ce qui lui revient suppose qu’on sache ce qui revient à chacun, or c’est déjà une question de valeur et de principe. De plus, la justice se réduit-elle à une répartition ou doit-elle viser un idéal moral plus large ?
Problématique :
→ La justice se limite-t-elle à l’attribution de droits et de biens, ou implique-t-elle aussi l’égalité, l’équité et la reconnaissance de la dignité humaine ?
I — La justice comme distribution conforme aux droits de chacun
- Définition classique : « rendre à chacun ce qui lui est dû ». Justice distributive (Aristote) = répartition proportionnelle selon le mérite ou la contribution.
- Dans une société, chacun doit recevoir selon ce qui lui revient : salaire pour le travail, punition pour la faute, récompense pour le mérite.
- Cette conception fonde le droit positif : les lois fixent ce qui revient à chacun (propriétés, libertés, responsabilités).
II — Mais la simple distribution peut être injuste si elle ne prend pas en compte l’égalité réelle
- Les situations de départ sont inégales ; donner à chacun « ce qui lui revient » peut reproduire les injustices.
- Rousseau critique l’inégalité sociale héritée : la justice exige parfois de corriger les déséquilibres de pouvoir et de richesse.
- Rawls (théorie de la justice) : il faut organiser la société de sorte que les plus défavorisés en bénéficient ; ce qui est juste n’est pas seulement ce qui est dû, mais ce qui respecte l’égalité des chances.
III — La justice dépasse la stricte répartition pour affirmer des valeurs universelles
- La justice vise aussi la dignité et la liberté de tous. Parfois, rendre à chacun son dû légal n’est pas moralement juste (ex. lois racistes ou discriminatoires).
- La justice suppose un esprit critique vis-à-vis des lois : Antigone s’oppose à un ordre légal mais injuste.
- La justice véritable tend vers un idéal d’équité, de respect des droits fondamentaux, voire de fraternité entre les hommes (Kant : chaque personne a une valeur inconditionnelle, une dignité).
Conclusion
La justice ne peut se réduire à une simple répartition mécanique de ce qui est dû : elle suppose d’interroger les lois, de corriger les inégalités et de respecter la dignité de chacun. Elle est à la fois respect du droit et recherche d’un idéal moral universel.